•   Bonjour,

     

      Je me nomme Romain, et je suis d'origine russe et française. Depuis des années, je cherche à monter un projet : un bus qui recueillerait les sans-abris, étant moi-même à la recherche d'un logement. Je suis boulanger de profession, et j'ai 24 ans. J'ai rencontré Nicolas Chelay, le fondateur de l'ACF, dans un cybercafé.

      Je lui ai expliqué que toutes mes démarches auprès de mairies pour récolter des subventions s'étaient soldées par des échec, si je n'étais pas mis dehors avec force.

      J'ai aidé Nicolas à remettre en marche l'ACF, avec l'aide de Brahim, mon ami. C'était une période de pauvreté, mais l'accès peu cher à des ordinateurs (le mien était cassé - Nicolas) nous a permis de lancer des recherches. Nous avons notamment trouvé un champ peu cher à Meaux, ainsi que des mobile-home d'occasion. Si l'occasion se présente, grâce à la BNP qui nous soutient, nous monterons une colonie là-bas accessible à tous ceux qui veulent un toit et de l'équipement pour vivre dans un confort au moins minimal.

      Nous avons voté, et participé avec tous les autres à trouver le terme "compagnons" pour désigner les confortistes, et nous avons voté à l'unanimité la motion qui détermine notre future collaboration ainsi : chacun aura sa maison, et son bout de terrain, puis nous vendrons notre production dans un entrepôt non loin de là, et nous partagerons à égalité, avec un argent de poche de 150 euros par mois pour les enfants, au cas où nous aurions à en accueillir. Nous acceptons également les animaux, s'ils ne sont pas dangereux Mon idée originale s'est commuée en des vacances entre confortistes, tous les mois ou tous les deux mois par exemple, dans toute la France, puis dans des pays étrangers.


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  •    Ami lecteur, pardonne-moi d'avance, je vais faire dans le pompeux aujourd'hui; pour bien percevoir de quoi nous parlons quand nous parlons d'Economie, voici un bref clin d'œil sur l'un de mes livres de chevet - le Harrap's Business Dictionary - 42 000 définitions ! Voici donc un peu de la lettre A :

      AA : Advertising Association - britannique, contrôle des intérêts des annonceurs à la télé

      ABC : activity-based costing - coûts multiplié par l'activité

      ABC1 : catégorie sociale britannique allant du cadre supérieur au cadre moyen

      abstract : résumé

      ACAS : Advisory Conciliation and Advice Service - organisme britannique indépendant d'arbitrage des conflits du travail

      accrual: accumulation

      ACH : automated clearing house - chambre de compensation automatisée

      acid test ratio : ratio de liquidité immédiate

      acquittal : décharge, quittance

      A-Day : nom donné par les britanniques au 6/04/2006, date de l'entrée en vigueur du nouveau système de retraites britanniques


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  • Participation de Marie-Thérèse Chelay

    Je m’appelle Marie-Thérèse Chelay. Depuis une vingtaine d’années, j’ai occupé le poste de gérante, successivement dans une agence de mannequins et dans une boutique de fête. Je livre ici mes réflexions sur les buts que doit suivre l’Alliance Confortiste Française.


    Je suis d’accord avec le mécanisme de blocage des prix en cas de politique d’augmentation des salaires, afin de juguler l’inflation. Cependant, je préconise qu’une augmentation de 20% des salaires soit compensée par une baisse de 10 points des charges patronales. De même, il faut éviter un effet de seuil qui ferait passer un travailleur dans une tranche supérieure de l’imposition – dans tous les cas, augmenter les salaires est une bonne chose.

     

    Je suis en faveur d’une marge minimale garantie aux producteurs, calculée sur le coût de revient d’un produit, afin que la distribution ne pressure pas les exploitants. Il n’est pas sain, à mon avis, de trop compter sur les subventions.

     

    La situation économique actuelle me semble bloquée : pas de travail, trop de chômeurs. Une reprise de la consommation permettrait de résoudre, pour une part, ces problèmes. Je suis également pour un interventionnisme économique, au moyen de grands travaux, et pourquoi pas de la reprise des ateliers nationaux.

     

    Le problème de la pauvreté, en France, devient très inquiétant. Je préconise plusieurs mesures : d’abord, il faut construire davantage de nouveaux logements et de places d’accueil pour les sans-domiciles. Surtout, il faut mettre en place un système qui permette à ces personnes de stocker leurs affaires. En complément, une « banque » multi-services qui permette de stocker de l’argent et de disposer d’une carte bancaire - un pass devenu nécessaire pour tout un chacun – et de déposer ses affaires, mais qui permette aussi un accès à Internet et au téléphone (pour des recherches d’emploi) me semble nécessaire. L’exemple des « Maisons des chômeurs », permettant le lien entre les demandeurs d’emploi, me parait être une bonne idée.

     

    D’autres problèmes devraient être pris en charge par les services sociaux, tel que le linge des personnes démunies. L’accès aux sanitaires est également crucial. Une distribution de papier toilette peut être envisagée ; à ce sujet, un appel au don de marchandises pourrait être un bon moyen d’en récupérer. La situation des SDFs est complexe, car certains ont choisi cette vie. Doit-on les forcer à réintégrer la société, et à être pris en charge ? En tout cas, la présence de personnes vivant dans la rue est un sujet grave. Je propose qu’on organise, pour eux, un service qui leur permette d’être utiles à la société pendant quelques heures par jour, par exemple dans le nettoyage, la cuisine, la couture, le jardinage ou la surveillance.

     

    Une solution de logement d’urgence pourrait être l’établissement de campings à l’année. Dans ce cadre, nous pourrions recycler des camping-cars usagés afin de les stabiliser.

     

    Qu’il s’agisse d’eux ou de personnes plus aisées, il faut éviter les frais bancaires et légiférer sur ce point. Les frais, dans sa propre banque, doivent être abolis, et diminués fortement d’une manière générale.

     

    Quant à l’ouverture des commerces le dimanche, je suis pour dans le domaine de l’alimentaire, mais il faut faire attention aux abus – travailleurs forcés de tenir leur poste. De même, l’ouverture d’épiceries la nuit me semble utile pour être dépanné, même s’il est logique de payer un surcoût.

     

    Je suis également favorable à l’utilisation de la publicité dans les transports, afin de faire baisser le prix du ticket. Je ne suis pas pour leur gratuité, qui amènerait à mon sens à des abus.

     


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  • La Banque du Peuple


    Source : http://fragments-diffusion.chez-alice.fr/banquedupeuple1.html

    Quand Pierre Joseph Proudhon (1809-1865) envisagea la réalisation de la Banque du peuple, il ne s’agissait pas dans son esprit d’une « simple réforme banquière », mais bien « d’un revirement complet, opéré par le changement de position, ou l’interversion des rapports entre les deux grandes forces du capital et du travail, interversion opérée sans arrêter le mouvement intérieur, (et ou tout devait changer) dans la philosophie, la religion, le monde, la politique, le droit par la réforme économique. (Carnet VII, le 28.10.1848).

    Il fit ainsi procéder l’acte constitutif de la Banque du peuple, « l’honneur de sa vie », comme il s’en expliqua dans « Le Peuple » du 15 avril 1849, son organe officiel, d’une déclaration solennelle commençant par un serment devant Dieu et devant les hommes, sur l’Evangile et la Constitution, et écrivit dans un texte présenté comme un testament :

    « Que si, après ce démenti de la raison générale et de l’expérience, je devais chercher un jour, par d’autres moyens, par des suggestions nouvelles, à agiter encore des esprits et entretenir de fausses espérances, j’appellerais sur moi, dès maintenant, le mépris des honnêtes gens et la malédiction du genre humain » (Œuvres, tome VI, éd. Lacroix)

    Cela dit, cette démesure utopique dans laquelle Pierre Joseph Proudhon s’impliquait totalement portait en elle de nombreuses prémonitions que ne peut expliquer le contexte historique ou même économique. C’est pourquoi il importe de saisir le cheminement intellectuel de ce visionnaire et le perpétuer, si nous voulons extirper le microbe absorbé par le corps social et permettre « au travail qui a toujours obéi, de commander ; et au capital, qui a toujours commandé, d’obéir. »

    Le projet de la Banque du peuple lui apparaît bientôt être l’instrument privilégié qui pourra inverser les rapports du capital et du travail « grâce au crédit mutuel et gratuit ».

     

    L’organisation du crédit

     

    Ce projet était déjà en substance dans les précédentes études de Proudhon sur l’organisation du crédit », dans l’ébauche de la « banque d’échange » qui le devança et dans sa « Proposition relative à un emprunt national et à la réunion de la Banque de France au Domaine public ».

    Il est intéressant de noter, dans le paragraphe II de sa « Proposition relative à un emprunt national et à la réunion de la Banque de France au Domaine public » dui 22 août 1846, sa première approche du problème de l’indépendance et de la nationalisation, nationalisation de la Banque de France qu’il ne faisait qu’anticiper avec un siècle d’avance, car ce point nous éclairera pour appréhender les controverses qui apparurent au sein même de la Banque du peuple par la suite. Cette proposition, paragraphe II, stipulait : 

    « - art. II : La Banque de France est déclarée d’utilité publique. Elle est réunie au domaine de la nation et fonctionne à son compte. Elle prend le titre de Banque nationale de France.

    - art. IV : L’administration de la Banque de France, réformée par l’Assemblée Nationale, est placée sous la surveillance de chacun des représentants du peuple, et de la chambre de commerce de Paris.

    - art. V : La Banque est indépendante du gouvernement central, et placée hors de son action. Aucun ministre ou fonctionnaire public ne peut faire partie ni du conseil d’administration de la Banque nationale, ni du conseil de surveillance ».

    L’intérêt principal de l’étude de la Banque de peuple pensait Pierre Haubtmann [1], c’est qu’elle se présente comme « une sorte de lieu géométrique de ses thèmes préférés. Les idées combinées de mutualité et de crédit gratuit, qui sous-tendent l’invention, étaient et demeurent valables. Enfin, sur le plan de la technique bancaire, il (Proudhon) se livrait à des anticipations remarquables ».

     

    La Banque du peuple, fiche d’identité.

     

    La Banque du peuple fut créé le 31 janvier 1849, son siège se trouvait au 25 rue du Faoubours Saint Denis à Paris, sa raison sociale en fut P.J Proudhon et compagnie. Proudhon en fut le directeur gérant. Les statuts comportaient 88 articles et furent rédigés par Proudhon et ses collaborateurs Jules Lechevallier (ex st-simonien  et fouriériste), Pierre Leroux, Vidal, Villegardelle, Préval, Guillemin et Mathev, ces deux derniers bisontins comme Proudhon. Sa liquidation fut annoncée dans un article du « Peuple » intitulé « Aux souscripteurs et adhérents de la Banque du peuple », le 12 avril 1849. Plus de sept semaines pendant lesquelles la confrontation des idées fondatrices « des intuitions sociologiques géniales », et de leurs tentatives d’application furent et restent d’une richesse pédagogique essentielle.

    La Banque du peuple s’articula autour de 3 principes qui, à l’époque, étaient révolutionnaires et révèlent les aspects prémonitoires de la pensée proudhonienne.

    - la gratuité du crédit : En fait, à la différence du modèle antérieurement conçu, la Banque d’échange, qui ne prélevait aucun intérêt mais des frais de commission et d’administration, la Banque du peuple demandait un intérêt de 2 % qu’elle espérait réduire à 0,25 %.

    - la suppression du numéraire : Si la Banque d’échange avait supprimé les encaisses métalliques mais émettait des bons de consommation contre espèces ou effets de commerce, la Banque du peuple émettait ses bons de consommation, payables à vue à « tous les sociétaires et adhérents en produits ou services de son industrie ou profession ».

    - la généralisation de la lettre de change : payable à vue contre des marchandises ou services actuels ou à venir.

    Proudhon avait deviné le développement que prendrait la monnaie scripturale et pensait que celle-ci libérerait les échanges de « la royauté de l’or », ce qui fut fait en 1914 dans des circonstances tragiques, et permettrait aux travailleurs de procéder à ces échanges sur un pied d’égalité et de réciprocité, ce qui reste à faire.

    A l’époque en effet, l’idée de « se passer de numéraire », c’est-à-dire de concevoir un billet de banque qui ne soit plus représentatif d’une certaines quantité de pièces, elles-mêmes échangeables contre un certain poids d’or, ne recevait pas l’assentiment des économistes, bien que déjà quelques hommes de métier en avaient soupçonné l’avenir, « dans une société où tout se règlerait par des virements de compte ». Pour autoriser cet affranchissement du billet de banque, considéré comme un bon de consommation, il fallait changer d’abord le principe même de la banque, et ceci grâce au crédit mutuel et gratuit.

     

    Contrat mutuelliste, ordre sériel, justice.

     

    L’approche du crédit mutuel et gratuit s’articule autour de deux principes, le contrat mutuelliste et un ordre sériel.

    Le contrat mutuelliste : Le principe mutuelliste dans le système dialectique des antinomies de P.J. Proudhon est la force qui répond à l’antinomie individu/société. Cette dialectique dont Proudhon revendiquait avec fierté la paternité a pour objectif d’assumer les contradictions sans s’y abandonner, et de trancher « avec la violence de l’épée, le conflit pascalien des « eux raisons contraires ». Proudhon en donne, entre autre, cette définition : « L’antinomie ne se résout pas ; là est le vice fondamental de toute la philosophie hégélienne. Les deux termes dont elle se compose se balancent, soit entre eux, soit avec d’autres termes antinomiques ( « De la justice dans la révolution et dans l’Eglise »)..

    Les termes antinomiques deviennent alors « la cause génératrice du mouvement, de la vie, du progrès : le problème consiste à trouver, non leur fusion qui serait la mort, mais leur équilibre, équilibre sans cesse instable, variable selon les développements mêmes des sociétés («  Correspondances XII »).

    Un ordre sériel : Il s’en suit la quête d’un « ordre sériel », emprunté à Charles Fourier, où l’on aperçoit « l’unité dans la multiplicité, la synthèse dans la division » à partir de séries antinomiques telles que l’ordre et le chaos, l’autorité et la liberté, l’individu et la société…par lequel doit s ‘épanouir « l’idée princesse, dualiste par sa formule, qui tient des deux raisons contraires pascaliennes, qui sans les annuler ni les opposer les transcende et les meut ». Cette idée princesse, Proudhon l’appelle la justice.

     

    Crédit mutuel et gratuit.

     

    La Banque du peuple, considérée comme prolongement du projet de banque d’échanges, précisait davantage l’intention de Proudhon de faire de cette banque « la propriété des citoyens ». Mais ici la Banque du peuple ne devait pas être la propriété de l’Etat, « ce monstre froid et anonyme », ni d’un quelconque cartel de propriétaires privés. L’idée de Proudhon résidait dans la diversification, la subdivision de la propriété, attribuée aux citoyens. C’est cette subdivision qui en accordant le droit d’user à chacun interdisait le droit d’abuser.

    Voilà ce qu’il en disait dans les « Confessions d’un révolutionnaire ». Pour interpréter correctement ce texte, il faut se souvenir que l’Etat était alors libéral et ne connaissait pas encore l’interventionnisme, le budget de l’Etat évoluait autour de 10 % du PIB, quant à la monnaie basée sur l’or, elle n’était pas inflationniste :

    « Par le principe de sa formation, la Banque du peuple n’était donc pas destinée à devenir une banque d’Etat ; l’Etat, sans compter qu’il ne peut donner crédit, attendu qu’il n’a ni valeurs, ni hypothèques, n’a pas qualité pour se faire banquier, pas plus que pour se faire industriel ou commerçant. Ce n’était pas davantage une banque fonctionnant au profit d’une société d’actionnaires, offrant au peuple des conditions plus ou moins avantageuses de crédit, mais opérant dans son intérêt propre, comme la société des cuisiniers et celle des tailleurs. Une société n’eût été, comme toutes les associations ouvrières actuellement existantes qu’une association de monopole. C’était rentrer dans le privilège, si populaire qu’il se fasse, et toujours la négation de l’équilibre, une chose anti sociale.

    La Banque du Peuple devait être la propriété de tous les citoyens qui en accepteraient les services, qui, dans ce but, la commanditeraient de leurs capitaux, s’ils jugeaient qu’une base métallique lui fût pour quelque temps encore indispensable ; qui, dans tous les cas, lui promettaient la préférence de leurs escomptes et recevaient en paiement ses reconnaissances. D’après cela, la Banque du peuple, fonctionnant au profit de ceux-là même qui formaient sa clientèle, n’avait ni intérêt à percevoir pour ses avances, ni commission à prendre pour ses escomptes, elle n’avait à prélever qu’une rétribution minime pour salaires et frais. Le crédit était donc GRATUIT ! Le principe réalisé, les conséquences se déroulaient à l’infini ».

    Cette idée de crédit gratuit était l’un de ses thèmes favoris. Dans le cahier III de ses « Correspondances » en date du 23 août 1839, on lit déjà : « Brochure à composer : « Qu’est-ce que la propriété ? C’est le vol… Lire l’ouvrage de Malthus. Venger l’Eglise des sarcasmes sur la doctrine du prêt à intérêt »

    Pour généreux qu’il fût, le principe ne se réalisa pas dans son intégralité car Proudhon, idéaliste, négligea la nature même de l’intérêt. Pour appréhender cet oubli, il convient de décomposer le fonctionnement de la Banque du peuple dans son texte historique.

    Nous sommes en 1849, à l’émission de toute monnaie nouvelle correspondait un échange, une vente d’or. La monnaie était toujours gagée sur son poids. Proudhon pressentait déjà que la possession d’or n’avait que de très lointains rapports avec les possibilités de production de la nation. De toutes parts, on se plaignait du manque de numéraire qui rendait impossible les transactions. Le Gouvernement prit alors plusieurs mesures pour pallier le manque de réserves d’or du pays : il tenta d’organiser lui-même l’escompte des effets refusés par les banques et donna cours forcé aux billets de banque (décrets du 10 mars 1848).

    L’idée de Proudhon était de libérer le billet de banque de cet assujettissement à l’or et de le convertir en une simple lettre de change, bon de consommation, échangeable en produits et services. Les possibilités de crédit devenaient alors aussi infinis que la production le permettait. Ceci peut apparaître aujourd’hui naturel, cependant à l’époque, la proposition était révolutionnaire puisque le billet de banque pouvait s’échanger contre de la monnaie-or, ce qui constitua jusqu’en 1914, une garantie de sécurité pour tous.

    De ce fait, la Banque du peuple pouvait fonctionner comme banque de dépôt et d’escompte, comme banque d’hypothèque et d’émission. Elle pouvait émettre une lettre de change, ou « Papier de la Banque du peuple » ou « Bon de circulation », délivrée à ses sociétaires et adhérents et payables à vue en produits et services.

    Il semble que Proudhon ait songé ici faire acheter directement par la Banque du peuple les marchandises offertes contre remise des bons de circulation puisque son « papier de crédit » représentait le produit quel qu’il soit. Ce procédé fut employé plus tard par la banque Mazel qui achetait elle-même les marchandises. Citons également la Banque Bonnard, jusqu’en 1910, qui mettait en relation les acheteurs et les vendeurs, et surtout, la Warenbank de Harxheim Zell, fondée en Allemagne, 1894-98, directement inspirée de la Banque du peuple.

    Pour répondre aux exigences de la législation en vigueur, la Banque du peuple devait avoir un capital monétaire de 5 millions, divisé en un million d’actions de 5 francs. Les coupons étaient de 50 centimes et il est des actionnaires qui n’auraient versé leur action qu’en dix mois (Le peuple du 15.04.1899). Cependant, en six semaines, le chiffre des adhésions à la Banque du peuple s’était élevé à près de 20.000 qui représentait, selon P.J. Proudhon, « une population d’au moins 60.000 personnes ».

    L’article 10 de la Banque du peuple précisait néanmoins que la Banque ne serait définitivement constituée que lorsque 10.000 actions auraient été souscrites soit 50.000 francs.

    En fait, Proudhon comptait également sur les bénéfices du journal « Le Peuple » pour lancer sa banque. Mais le journal fut frappé coup sur coup de 20.000 francs d’amendes pour des bénéfices de 8.000 francs au moment même où il ordonnait la fabrication du papier en circulation de la Banque du peuple.

    Deux mois après son lancement, en avril 1849, la Banque n’avait qu’un capital de 18.000 francs répartis en 3600 actions principalement chez les petits porteurs dont certains avaient cotisé « sou par sou ». Ce fut son orgueil, mais malgré ce succès populaire, parce que l’actif du journal « Le Peuple » s’était transformé en passif. Ce fut un échec.

     

    Analyse de la Banque du peuple.

     

    Quoiqu’il en soit, malgré les bonnes intentions, on ne voit pas comment la Banque du peuple aurait pu supprimer l’intérêt. Qui ne voit, écrit Haubtmann, « que la Banque du peuple, comme toutes les banques, pour éviter la faillite n’aurait prêté qu’aux riches ? Comme le remarque Menger, ce sont seulement les classes possédantes qui auraient vu leur puissance économique accrue ».

    Les statuts de la Banque du peuple précisaient que les bons de circulation pouvaient être émis contre espèces et bonnes valeurs de commerce dûment constatées. Quant aux avances, elles devaient être gagées sur des marchandises présentes ou « des productions futures » avec la garantie de deux cautions minimum.

    Dans ce cas de figure, il y avait création de bons de circulation ex-nihilo, ou si l’on préfère, sur anticipation d’un règlement futur. Le risque d’inflation existait donc. En soi, on s’aperçoit donc avec les spécialistes de la technique bancaire qui se sont penchés sur la question que le papier de la Banque du peuple n’est pas différent de notre actuel billet de banque, celui-ci n’est plus gagé sur l’or et peut être échangé contre des promesses à payer, ce en quoi il possède un don d’ubiquité, puisqu’il est déposé ici et prêté là-bas, et véhicule ainsi l’inflation.

    C’est à partir de ces données, qui sont les nôtres aujourd’hui, que Proudhon voulut tendre vers la gratuité du crédit. Au fond, écrit Haubtmann, « ce qu’il veut avant tout, c’est empêcher que le capitaliste prêteur spécule sur les besoins de l’emprunteur ; et faire en sorte que prêteur et emprunteur se considèrent et soient vraiment des « associés ». D‘où le sens de sa formule : « Créditer, sous le règne monarchique de l’or, c’est prêter – Créditer, sous le signe républicain du bon marché, c’est échanger » (L’organisation du crédit). Son intention était d’échanger – nous dirions escompter – les effets de commerce avec un intérêt de 2 %, « intérêt qui sera réduit peu à peu, au fur et à mesure des progrès de la société » mais qui ne pourra descendre au dessous de 0,25 % (article 35 des statuts) », comte tenu que la Banque du peuple prélèvera « une rétribution minime pour salaires et frais (Confessions d’un révolutionnaire) ».

    Pour autant, la suppression de l’intérêt ne fut pas possible car Proudhon mésestimait la valeur psychologique de l’intérêt et surtout ne différenciait pas l’échange comptant de l’échange à terme. En abolissant le métal, Proudhon ne tuait pas la source de l’intérêt.

    Dans ses notes, Haubtmann rappelle à ce sujet le commentaire de Charles Rist dans son « Histoire des doctrines économiques (éd. 1944) » :

    «  Si la banque réclame un escompte, c’est qu’elle fournit aujourd’hui, en une marchandise immédiatement échangeable, le prix d’une lettre de change réalisable dans quelques mois seulement ; c’est qu’elle donne une réalité en échange d’une promesse, une somme d’argent présente en échange d’une somme d’argent future (….) Quoi que fasse Proudhon, le payement à terme et le payement comptant sont et resteront deux opérations différentes, tant que la possession actuelle d’un bien sera jugée plus avantageuse que sa possession future. L’expérience du cours forcé l’a bien montré. La Banque de France n’a pas cessé de percevoir un escompte, à partir du jour où ses billets ont cessé d’être convertibles. La disparition du numéraire métallique n’a rien changé aux phénomènes de l’escompte ». L’intérêt est expliqué chez d’autres auteurs comme le coût du temps (Turgot), de l’impatience (Fisher) ou de l’attente (Marshall).

     

    De Pierre Joseph Proudhon à Silvio Gesell

     

    Peut-on aujourd’hui faire une lecture de cet échec ?

    Dans « L’ordre économique naturel » (4e éd. 1020), Silvio Gesell rend un vigoureux hommage à Proudhon et reconnaît que « parce qu’il advint à Proudhon de s’égarer en cours de route (avec ses banques de troc), on n’admit plus rien de sa doctrine. C’est la meilleure preuve qu’on ne l’avait pas compris. Une fois qu’on a bien reconnu la vérité d’une idée, on ne l’abandonne pas pour un échec ».

    La théorie de Gesell, la « monnaie franche » repose sur le fait que la monnaie est représentative des biens et des marchandises. Or, toutes les choses, biens, marchandises, services, sont périssables, nécessitent de l’entretien, craignent le vieillissement, l’usure et la dépréciation. Aussi leur valeur se déprécie avec le temps. Il imagine en conséquence une sorte d’intérêt négatif sur une monnaie qui perdrait comme les biens du capital physique de sa  lors, il n’y aurait plus lieu de demander un intérêt (positif) sur un prêt puisque ce prêt revient, en fait, à faire consommer immédiatement les biens et services dont il est représentatif par l’emprunteur. Dans cette logique, c’est l’emprunteur qui permet à l’épargnant de maintenir à sa valeur initiale son capital physique. Il n’y a donc pas lieu de réclamer un intérêt positif puisque le prêt permet à la valeur du capital physique de se maintenir et donc, en quelque sorte, d’économiser un intérêt négatif, c’est-à-dire une dépréciation de la valeur du capital.

    Cette théorie devrait entraîner une accélération de la vitesse de circulation de la monnaie, et par conséquent, un accroissement de la production.

    En effet, chez Gesell, la monnaie franche, pour combattre la pauvreté et le chômage , « la monnaie préserve le capital physique (maisons, usines) de tout accroissement », en ce sens qu’il est plus intéressant de posséder un capital monétaire qui produit un intérêt, une plus-value positive réelle, qu’un capital physique de même valeur qui, inversement, produit  naturellement une plus value négative (frais d’entretien, de garde, usure du bien capitalisé on intérêt négatif) qui peut venir annuler la plus value positive produite par le travail et l’accroissement de ce bien. Le capital monétaire s’accroît là où le capital physique régresse. Seuls, le travail et la production peuvent alors équilibrer ce rapport.

    A la différence de Karl Marx, Proudhon voyait que la suprématie des propriétaires (capitalistes) s’appuyait sur la monnaie, peu inflationniste au XIXe siècle, qui porte intérêt alors que les biens et les marchandises portent moins value si leur accroissement, donc le travail, est limité. A valeur égale à temps 0, le capital monétaire porte X intérêt  alors que le capital physique  se déprécie de Y % à temps 1. Sans travail, le différentiel capitalistique, à temps 1, est alors de X + Y % à l’avantage du capital monétaire. La moins value du capital physique renforce la plus value perçue par le capital monétaire. La production doit donc atteindre X + Y % pour équilibrer les revenus des deux capitaux. Gesell concluait alors : « Lorsque Proudhon eut compris que l’argent fait fonction de verrou, son mot d’ordre fut : « Combattons le privilège dont jouit l’argent, en élevant les marchandises et le travail au rang de numéraire ». Car lorsque deux privilèges s’affrontent, ils s’annulent réciproquement. Conférons aux marchandises le poids de l’argent comptant : les privilèges se balanceront ». C’est ainsi que là où Marx appelait à la paralysie de l’appareil productif, notamment par la grève, pour permettre au prolétariat de conquérir la plus value qui lui échappe, Proudhon appelait au travail, à l’accroissement de la production qui, seul, est en mesure d’abaisser le coût de l’intérêt monétaire  Alors que Marx voit dans l’organisation du prolétariat le remède pour affranchir les travailleurs de la suprématie capitaliste, la solution consistait chez Proudhon, à supprimer les obstacles qui s’opposent au complet développement de la capacité de production. Dans cet esprit, la Banque du peuple concevait un intérêt de départ de 2 % qui devait progressivement être abaissé à 0,25 % en fonction du progrès, c’est-à-dire, en fait, en fonction de l’accroissement de l’activité productive et de son organisation optimale. Proudhon avait d’ailleurs pendant un certain temps pensé évaluer la valeur des objets en fonction du temps de travail.

     

    L’intérêt est le verrou de la production

     

    Avec la Banque du peuple, il s’agissait « de rendre à la liberté ceux que l’argent tient sous sa dépendance, d’affranchir en un mot, les serfs de la glèbe ». Il s’agissait de subordonner le capital au travail « par le seul fait de l’inauguration du principe mutuelliste et de l’abolition du numéraire, les rapports du travail et du capital sont intervertis, les principes du commerce son renversés (Confessions d’un révolutionnaire) ».

    « Le privilège de l’or aboli, le privilège disparaît » croyait-il. Le fait est que les pénuries d’or entraînaient de sévères crises de chômage, notamment de 1873 à 1898, puis on découvrit des mines d’or et ce fut « la Belle époque »….. pour certains. Il faudra attendre un siècle cependant pour que Keynes formalise cette pensée et souligne les liens entre monnaie et production. Il n’en reste pas moins vrai qu’à l’exception de Proudhon et de quelques rares autres penseurs iconoclastes, conscients du rôle actif de la monnaie, la pensée unique du XIXe siècle développait le dogme de la neutralité monétaire.

    Cependant, en matière de circulation monétaire, l’apport proudhonien est double ; il réside d’une part, dans la découverte et la tentative d’application qu’il fit, avec la Banque du peuple, du principe selon lequel  Chaque marchandise engendre sa propre monnaie, et d’autre part, en démontrant que L’intérêt est le verrou de la production.

    Ces deux lois sont illustrées dans  « Le contrôle des changes en France » (1973) de L. G. Teyssier qui propose une explication du déséquilibre entre la monnaie et la marchandise :

    « Au XIXe siècle, deux roues tournaient l’une à côté de l’autre, la monnaie métallique et les marchandises. Elles n’avaient pas toujours la même circonférence, elles ne tournaient pas toujours à la même vitesse. Elles étaient dissymétriques. L’une apportait au public des moyens de paiement, l’autre des biens de consommation ; mais la proportion changeait fréquemment, il manquait des moyens de paiement lorsqu’il y avait abondance de marchandises, ou il manquait de marchandises quand il y avait abondance de moyens de paiement. »

    Aujourd’hui encore, continue-t-il, « on en est toujours au système des deux roues, la roue de la production, la roue de la monnaie de crédit. Et malgré tous les efforts, elles ne parviennent jamais à s’ajuster, d’où les crises. Or, environ 3000 entreprises représentent 80 % de la production industrielle française. Il leur serait facile de mobiliser la totalité de leurs stocks et de leurs créances en vertu du principe que « chaque marchandise sécrète sa propre monnaie ». Il faut cinq minutes pour situer le niveau de ce potentiel monétaire. Plus de paperasse pour la mobilisation ; ni effets, ni billets à ordre. L’examen de bilan suffit, et pour qu’on soit sûr de sa sincérité, il serait facile d’exiger que les chefs comptables soient assermentés. Des mesures analogues pourraient être appliquées aux grandes entreprises agricoles. Dès lors, le processus monétaire serait très simplifié. Le crédit monétaire serait sain et bon marché. Un intérêt de 3 % pour couvrir les frais bancaires de gestion suffirait ».

    Ce texte illustre à mon sens les possibilités actuelles d’application du principe d’équilibre entre la marchandise et la monnaie, tout en proposant une technique d’évaluation qui n’est pas sans rappeler « l’organe de statistiques nationales et de planification mis à la disposition des chambres professionnelles et territoriales, afin d’orienter et de coordonner l’action sociétale » chez Proudhon (Défense et Actualité de Proudhon, J. Langlois, P.B. Payot, 1976) que nous analyserons dans la deuxième partie de cette étude.

    Avec la Banque du peuple, P.J. Proudhon essaye également de mettre en œuvre le principe mutuelliste et d’ »équilibrer les deux forces antinomiques de l’échange ». Ce principe mutuelliste devait avoir pour conséquence : « de redistribuer les pouvoirs aux différents niveaux du corps social et d’arriver à un équilibre suffisant d’un pouvoir unique, finissant par stériliser toutes les activités sociales et par se surimposer, en l’aliénant, au coprs social (J. Langlois, op. cité) ».

    « Je crois être le premier », écrit Proudhon, « qui, avec une pleine intelligence du phénomène, ait osé soutenir que la Justice et l’Economie devaient, non pas se limiter l’un l’autre, se faire de vaines concessions, ce qui n’aboutirait qu’à une mutilation réciproque, et n’avancerait à rien, mais se pénétrer systématiquement, la première servant de loi à la seconde : qu’ainsi au lieu de restreindre les forces économiques dont l’exagération nous assassine, il fallait les balancer les unes par les autres, en vertu de ce principe, peu connu et encore moins compris, que les contraires doivent, non s’auto détruire, mais se composer, précisément parce qu’ils sont contraires (De la justice) ».

    Le principe mutuelliste devait s’appliquer en dehors du marché, c’est-à-dire en dehors des contraintes et des garanties que demande la confrontation de l’offre et de la demande, puisque « la Banque du peuple devait être la propriété de tous les citoyens qui en accepteraient les principes ; qui, dans ce but, la commanditeraient de leurs capitaux (…). Elle n’était donc point destinée à devenir une banque d’Etat (…) ni davantage une banque fonctionnant au profit d’une société d’actionnaires (Confessions d’un révolutionnaire) ».

    L’instauration du principe mutuelliste dans l’émission et la circulation monétaires ne suffisait cependant pas pour instaurer un mutuelliste de la production et de la consommation. L’organisation du crédit et l’échange mutuel qu’il entendait promouvoir ne pouvaient atteindre les « deux pôles de la vie sociale » que sont la production et la consommation, et de fait, ne s’attaqueraient pas aux causes premières du désordre économique. Cette lacune fut analysée dans le « Rapport de la Commission des délégués du Luxembourg et des corporations ouvrières. Elle fit l’objet de nombreuses interprétations.

     

    Janpier Dutrieux


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  •  Extrait du manuel "Introduction au Confortisme", par Nicolas Chelay.Le sens  

                       VII. LE SENS

     

    L'économie est la discipline qui décide de l'organisation de la rareté. Pendant bien longtemps, elle ne se préoccupa guère de ce que l'on nomme "externalités", à savoir l'éducation, l'air ou la beauté du paysage environnant un lieu de production. Aujourd'hui, l'écologie politique a défini de nouveaux concepts, tels que la croissance verte, les normes HQE, ou la protection des cours d'eau. Pour nous, l'économie est indissociable de l'écologie, car l'une affecte l'autre au même titre qu'une politique environnementale crée des emplois et permet, par exemple, de soutenir le tourisme. Si l'économie est la science qui régule la rareté, alors la protection de la biodiversité et la surveillance des conditions d'élevage et de culture sont des priorités.

    Il y a deux écoles : celle du court terme, qui tend vers l'exploitation pure, et celle qui essaye d'avoir un fonctionnement global, sur le long et le moyen terme. En effet, il en va de la nature comme du capitalisme : les monocultures intensives pratiquées sans jachères assèchent le sol, ainsi que l'exploitation des classes inférieures engendre de la pauvreté. Dit autrement : si on accepte de laisser respirer la terre, elle sera toujours fertile, et si l'on ne donne qu'une paye de misère à ses employés, ceux-ci ne pourront participer activement à la vie économique.

    De ce dernier constat naît l'œuvre de Keynes, qui avec Ford a voulu défendre les conditions de vie des ouvriers non qualifiés, arguant que leur pouvoir d'achat devait être maintenu afin que les entreprises puissent vendre leurs produits. Si, maintenant, les néolibéraux tiennent le haut du pavé, c'est plus par conjonction de deux facteurs que par validité de leurs théories - et qui se résument à laisser le marché décider sur tout. Premièrement, et avec l'impact négatif des systèmes communistes totalitaires, la philosophie "de gauche" a connu un retour de balancier qui a placé Ronald Reagan et Margaret Thatcher au pouvoir. De même que Giscard d'Estaing ou que les deux Bush, ces tenants du conservato-libéralisme ont su gagner les faveurs des juges du Prix Nobel, reprenant à Smith sa sacro-sainte "main invisible" et triomphant, avec la dérégulation des marchés, dans un cadre démocratique. Deuxièmement, la délocalisation massive de la production en Asie a permis effectivement au capitalisme "débridé" de se maintenir, asservissant à ses intérêts une main-d’œuvre faiblement payée et syndiquée. La même chemise, produite aux Etats-Unis ou en Chine, coûte jusqu'à onze fois moins cher lorsqu'elle est délocalisée !

    La "main invisible" est donc plutôt la main chinoise, qui ne régule pas mais permet aux multinationales - qui représentent les deux tiers du commerce mondial - d'aligner des profits monstrueux basés, non sur un marché "autorégulé", mais sur la différence des niveaux de vie entre l'Asie et l'Occident. La démarche keynésienne, ainsi, n'a pas périclité en raison de son invalidité, mais parce que dans les pays émergents, des salaires bas permettent de survivre, ce qui a détruit la marche normale de revendication de meilleures conditions par les salariés, dans les pays développés. Ceux qui ne sont pas satisfaits de leurs conditions ne peuvent plus faire pression sur le patronat car ce même patronat a tout intérêt à employer une main-d’œuvre plus servile et moins coûteuse. Aux Etats-Unis, les enseignes Wall-Mart ferment, sans préavis, dès qu'une cellule syndicale y est établie. En France, le taux de syndicalisation avoisine les 9%. Une marque telle "Hello Kitty" est ambassadeur de l'UNICEF (qui assure la protection des enfants dans le monde) alors qu'elle emploie des mineurs dans des conditions épouvantables !

     On peut tirer deux conclusions de ces faits : la première est que le capitalisme "ultralibéral" fonctionne grâce à un système d'import-export entre une population exploitée et une autre qui subit des prix trop élevés, ceci engendrant des montagnes de profit, notamment avec la baisse des coûts de transport, de douanes et de communication. La seconde est que la démocratie mondiale, qui s'exprime sur tous les sujets, peine à entrer dans le réel ! L'UNICEF est une bonne structure, en théorie, mais infiltrée par des sociétés qui ont des intérêts qui lui sont contraires, elle devient une "structure fantôme", l'équivalent en inutilité des anciens veilleurs qui beuglaient, toutes les heures : "Tout va bien, dormez braves gens !". Aujourd'hui, toutes les causes sont défendues, les enfants ont leurs droits et Haïti compte plus de trois cent ONG sur son territoire; pourtant, l'île est toujours aussi pauvre, et des enfants sont encore obligés de devenir des soldats. La mondialisation a sonné l'heure des ONG; elle a aussi ouvert le terrain à un ultralibéralisme dévastateur.

    Tout n'est plus qu'une question d'argent : on en donne aux ONG pour faire bonne figure. Mais que peuvent ces structures face aux intérêts composés - la plus grande force de l'univers, selon Einstein - et à la faillite des Etats ? Haïti n'a pas besoin de centaines de structures humanitaires ! Elle a besoin d'une éducation, d'une justice, d'un gouvernement qui prenne en compte ses difficultés ! Sous couvert d'humanisme, les ONG sont devenues des vecteurs d'ingérence; les pauvres sont devenus un marché. Le capitalisme sait que le communisme lui est supérieur parce qu'il défend les intérêts des opprimés, en théorie - il a donc créé son propre communisme ! Sous couvert de moralisation, on voit ici un ersatz de la "révolution verte" qui, hier, clamait qu'avec l'agriculture chimique intensive les déficits alimentaires seraient comblés. Le résultat ? Des émeutes de la faim, dans plus d'une dizaine de pays ! Le capitalisme se fait donc social, il veut être le seul à pouvoir arranger le monde. Le problème, est que sa nature n'est composée que d'intérêts financiers. C'est comme demander à Jack l'Eventreur de veiller sur des prostituées ! Le capitalisme doit rester une structure globale, si on tombe d'accord sur le fait que le monde sera toujours "un marché"; Quant à ceux qui voudront améliorer le sort de leurs congénères, ils doivent être tout autant en mesure d'agir (réglementation, droits) que de se financer !

    Pourquoi ne pas reprendre, alors, nous aussi, les avantages du capitalisme, afin de contrecarrer ses mauvais penchants ? Le capitalisme, depuis Smith, se base sur l'intensité des échanges commerciaux. Il y a donc deux voies, celle qui demande gentiment au marché-roi, à l'ONU, de représenter les intérêts des opprimés, noyé parmi d'autres et sans grande marge de manœuvre; et celle qui décide de reprendre le pouvoir par le commerce, de concurrencer le capitalisme pour y établir des bases, des entreprises, des gouvernements peut-être, et ne dépendre que du succès de ses politiques et de ses produits.

    Voilà ce que nous avons choisi de faire. Voilà pourquoi il nous faut étudier l'économie et le commerce : afin de récupérer ce que le marché capitaliste nous a pris. Hier, les aristocrates dominaient avec leur sang bleu, et leur religion; aujourd'hui, les politiciens et les multinationales se partagent le gâteau, qui en se faisant élire, qui en glissant ses produits dans notre assiette. Reprenons le pouvoir civique et financier, non par la force, mais par le génie ! C'est notre but.


    Nicolas Chelay.

     


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  • Extrait du manuel "Introduction au Confortisme", par Nicolas Chelay.

    L'évidence

    VI. L'EVIDENCE

     

             L'Histoire du 20e siècle nous fournit, encore, de la matière et plus particulièrement un cas de figure tristement célèbre : je veux parler du parti national-socialiste allemand. S'il fut un redoutable adversaire des idées démocratiques, on lui accordera que son extrémisme permet au moins un sujet de conversation : Peut-on catégoriser les êtres humains, et les traiter comme des marchandises ? En effet, deux théories, pas forcément contradictoires, peuvent expliquer les déportations et les exactions diverses des nazis. La première est idéologique : Hitler détestait les juifs, les homosexuels, les gitans, les opposants politiques, etc. La seconde est plus pragmatique : Qui allait défendre ces gens ? Qui empêcherait leur dépossession, leur exploitation, et même leur mort ? Ainsi, bien que se proclamant socialiste, on peut voir chez les nazis le spectre du capitalisme, dans son aspect le plus dénué de pitié, celui qui hier se fondait sur la déportation des Noirs d'Afrique, sur l'invasion de l'Asie, des Amériques et de l'Océanie; Celui qui proclame : "Main d'oeuvre gratuite".

             Les nazis sont conspués unanimement, et pourtant, la plupart de nos sociétés traitent encore inégalement la moitié de leur population - je veux bien sûr parler des femmes. Il serait donc ignoble de déporter une "race", mais passable de maltraiter un sexe. Les patrons seraient-ils misogynes, ainsi que les nazis étaient prétendument l'ennemi des juifs, ou appâtés par le gain ? La mentalité de ceux qui, avant-hier encore, faisaient travailler des enfants dans les mines, pour presque rien, et qui, hier, ont envoyé mourir des "indigènes" ou des descendants d'esclaves dans des guerres, sans leur donner de citoyenneté, sans même les payer parfois, cette mentalité n'a pas disparu; elle a simplement troqué une victime pour une autre. S'il ne s'agit ni des esclaves, ni des anciens esclaves, ni des colonisés, ni des néo-colonisés, ni des enfants, ni des femmes, il s'agira des personnes âgées - qui devront compléter leur retraite, des jeunes - qui troquent souvent leur indépendance financière contre des années de travail ingrat, au détriment de leurs études, ou des immigrés en situation irrégulière - bien pratiques en période d'élections, et travaillant dans n'importe quelles conditions.

             La défense des travailleurs est donc globale, puisque chacun peut se retrouver catégorisé - voir les interdictions de circuler communistes en URSS - et se retrouver, seul bien que nombreux dans ce cas-là, dépossédé de tout ou une partie de ses chances. Comment y procéder ? Par l'application volontaire et constante dans les structures amies, et par le combat des structures ennemies. La méthode des amendes est inefficace : de rares procès s'y soldent par un peu d'argent dépensé par le patron, qui conserve son poste et, souvent, ses méthodes. Il faut punir réellement, par de la prison ferme. Pourquoi ? Parce que les esclaves noirs, aux Etats-Unis, n'ont pas pu demander gentiment qu'on les affranchisse : ils ont du faire la guerre. Certains intérêts s'opposent; c'est à la loi de trancher, sur la base de l'égalité de tous. Ces peines dissuaderont les "misogynes" comme les "racistes".

    Voilà le nerf du Confortisme, la défense des droits de l'individu, afin que les camps de concentration d'hier ne deviennent aujourd'hui des cages invisibles.


    Nicolas Chelay.

     


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  •  Extrait du manuel "Introduction au Confortisme", par Nicolas Chelay.

    Les deux boules de neige

    V. LES DEUX BOULES DE NEIGE

     

             L'économie actuelle bute sur un problème capitalistique : en accordant de faibles salaires pour augmenter ses profits, individuellement, elle génère une pauvreté collective elle-même coûteuse en services publics, et donc une charge fiscale sur le consommateur, qui a moins de moyens, encore, pour acheter les produits capitalistes. En un mot : la pauvreté fait bugger le système. Une économie de bouts de chandelle se traduit par une raréfaction de la demande, là où un accroissement du pouvoir d'achat signifierait une hausse potentielle du chiffre d'affaires global. Plus les clients sont riches, plus ils ont la possibilité de consommer des produits. Ce plan n'a jamais pu être mis en place - Pourquoi ? En premier lieu, par frilosité des entrepreneurs, axés sur le profit à court-terme, et deuxièmement parce qu'un tel accroissement du pouvoir d'achat engendre très généralement de l'inflation, qui viendra reprendre le gain nouvellement acquis - exemple : les négociations salariales suivant Mai 68.

             Inflation et hausse des prix mises à part, donc, le pouvoir d'achat des individus dépend souvent exclusivement de leurs salaires. Il s'agit d'un point important. Une hausse des salaires accordée dans une société signifie moins de profits - mais quant à la société, elle signifie une hausse du pouvoir d'achat d'un individu ou d'un groupe d'individus, potentiels consommateurs. Si cette hausse est assortie d'un contrôle - voire blocage - des prix, il est donc théoriquement possible d'engendrer une "boule de neige" de commerce tel que le Venezuela a pu en connaître une récemment lorsque son taux de population vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 80% à 50%. Voilà le but du Confortisme, engendrer cette bulle de commerce résultant de bonnes conditions de travail, de bons salaires, et de bons prix ! Nous pouvons l'appliquer en micro comme en macro économie. Commençons par la micro-économie, mais ne perdons pas de vue qu'un meilleur partage des bénéfices peut engendrer une hausse des bénéfices !

             Cette idée n'est pas nouvelle : elle est empruntée au "multiplicateur" de Keynes résultant de l'augmentation des bas salaires, dans une économie plus axée sur la consommation que sur l'épargne. Cependant, là où Keynes voyait en l'Etat l'agent nécessaire à la poursuite de ce plan, nous affirmons que cette meilleure répartition, cette augmentation globale du pouvoir d'achat, peut se faire au moyen d'une plateforme mutualiste telle que le Confortisme, et par l'application de théories macroéconomiques basées sur des négociations tripartites - Etat, patronat, syndicats - comme cela a pu être le cas lors du Grenelle de 1968, assorties d'un contrôle des prix. L'avidité, la course au profit sur le court-terme de l'économie de marché ne peut engendrer qu'une pauvreté nocive pour cette même économie, à ceci près qu'un fort taux de chômage rend les travailleurs plus serviles, et fait baisser encore les salaires - par peur du déclassement.

             La "main invisible" du marché, prise dans son aspect le plus réel, se résume donc à la peur du chômage et de la pauvreté pour le travailleur, à la recherche du profit commercial pour l'entrepreneur, au succès ou à l'échec d'un produit sur le marché. Si on porte foi, car il s'agit bien de foi, à la théorie de l'autorégulation des marchés, alors on obère totalement les crises économiques qui, si elles se résolvent, auraient tout aussi bien pu ne pas se produire ! Ces crises  qui sont bien visibles à notre époque, comme celle des subprimes et du crédit à la consommation, tout cela n'étant qu'une modernisation de l'usure, c'est-à-dire d'emprunts à taux souvent variables s'établissant ultimement aux alentours de 20%, et assortis de frais ! En résumé, par exemple, on a cru pouvoir faire tenir un système financier basé sur la pauvreté et l'arnaque, une banque prêtant mille euros à un chômeur pour ensuite se faire rembourser par petites mensualités, et à un taux ahurissant, engendrant un remboursement très difficile de la somme empruntée. Les mensualités, de vingt euros admettons, grevées par l'usure et par les frais, ne remboursant que dix euros au final, ce qui fait que le souscripteur se retrouve avec une dette qui, soit, diminue très faiblement, soit augmente ! C'est le principe même de l'arnaque, d'accorder un service irremboursable ou hors de prix ! Et ceux qui professent la liberté des marchés se sont donc goinfrés de cette manne usurière fondée sur la crédulité des pauvres, sur les mathématiques, et sur un enchaînement qui, lui-même, a provoqué la faiilite de ces mêmes banques lorsque les marchés financiers, affolés par la perspective de ne pas voir ces dettes remboursées, ont revendu leurs stocks d'hypothèques et de prêts devenus "toxiques"; d'où une boule de neige bancaire dépressive s'adjoignant à une crise sociale sans précédent : des millions d'emprunteurs se sont alors retrouvés surendettés, expulsés, et dans tous les cas apauvris. C'est la destinée logique d'un système emprunteur mondial basé sur l'usure - à trop vouloir gagner d'argent, on tue la poule aux œufs d'or !

     

             Et ce qui vient à peine de se produire - les crises des subprimes, du crédit à la consommation, et de la dette grecque - peut se réitérer demain sur les assurances-vie, sur les monnaies, et sur d'autres dettes ! Les clés sont la confiance du marché et la demande effective; dans un état de jungle, il est bon que le gibier soit abondant.


      Nicolas Chelay.


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  •  Extrait du manuel "Introduction au Confortisme", par Nicolas Chelay.

    La guerre et l'exemple

    IV. LA GUERRE ET L'EXEMPLE

     

             Le vingtième siècle a été, de très loin, celui qui a été le plus meurtrier pour l'humanité; nous en sortons à peine. C'est aussi durant ce siècle qu'ont été expérimentés une grande part des droits dont nous jouissons aujourd'hui. De même que le 16e siècle, qui a tant vu les progrès scientifiques européens que de terribles guerres de religion, la dernière centaine d'années a vu naître l'ONU et l'ordinateur, tout autant que les génocides au Rwanda et au Soudan. Ce n'est donc pas la technologie, ou l'instauration de structures démocratiques mondiales (a minima), qui garantiront un monde sans atrocités.

             Qu'est-ce, alors ? La guerre et l'exemple. Tout système qui ne respecte pas les conditions initiales de la démocratie, le rejet de la torture des opposants politiques par exemple, est le terreau idéal pour un modèle politique autocratique. Pour faire simple : Ceux qui sont arrivés au pouvoir, même par la voie des urnes, s'ils commencent à trier le peuple et à utiliser la terreur, ont peu de chances d'accepter de quitter le pouvoir à la faveur de ces mêmes urnes. Les autocrates sont nombreux aujourd'hui, en Afrique et en Asie notamment. Leurs régimes imposés par la force ne peuvent être combattus que par la force. De là, vient le terrible paradoxe que ceux qui veulent vivre dans un monde meilleur, et qui souvent sont pacifistes, doivent d'abord apprendre l'Art de la Guerre, et confier leurs rêves démocratiques à des structures militaires. Que font les militaires, une fois au pouvoir ? Généralement, ils le gardent, à leur tour !

             La guerre et l'exemple. Car le rapport de force n'est pas tout. Les révolutions ont ceci de particulier qu'elles sont tantôt très faibles, et tantôt très fortes; C'est parce qu'il n'y a pas qu'un seul pays sur Terre. Dix pays peuvent croupir sous la dictature depuis un siècle. Mais qu'un seul se réveille, et les neuf autres, entraînés par la logique bien connue "La liberté ou la mort", jouant le tout pour le tout, ont des chances de s'en sortir également. Ce qui était presque inexistant hier devient, aujourd'hui, la nouvelle force politique. Pour un temps. C'est la valeur de l'exemple. Les êtres humains ne se battent pas seulement contre un système, ils veulent profiter également d'un modèle qui leur convient mieux. Ainsi, nous pouvons défendre la démocratie par les armes, c'est-à-dire par le pire et le plus nécessaire des moyens, ou par l'illustration, en organisant une option que d'autres pourront copier et adapter à leurs particularismes.

             C'est cette voie que les confortistes doivent choisir, a contrario des communistes autoritaires et de leurs zones d'influence. Les confortistes ne sont pas là, à mon sens, pour être l'avant-garde du monde, la solution à tous les problèmes, celle qu'on ne pourra que choisir, mais pour être une base de repli, et un bon exemple pour les autres. C'est-à-dire que la substance du Confortisme n'est pas dans un rapport de force, mais dans ses idées, et dans leurs résultats. C'est-à-dire que la tâche du Confortisme n'est pas de détruire tous les autres systèmes, mais de persister comme une option que des peuples et des individus pourront choisir. Un parti unique confortiste est absurde; nous devons être nous-mêmes, tant originaux qu'inspirés par les différents courants de pensée politique passés, présent et à venir. Le cosmopolitisme confortiste est une nécessité, dans une dynamique expérimentale comme la nôtre. Nous ne voulons pas que l'Etat devienne tout-puissant, ni qu'il ne pallie plus aux dérives des marchés. Pour cette raison, différentes structures commerciales sont à élaborer et à pratiquer, bien qu'elles se rejoignent sur nos valeurs, de même que l'étiquette politique des confortistes se définira d'abord par la défense des deux voies : celle du bon commerce, et celle de la bonne politique. Comprendre : Avant de vouloir changer le monde, nous devons déjà faire la preuve de nos idées sur une petite échelle, appliquer nos valeurs, nous former à l'exercice public, nous inspirer de nos alliés et de nos racines intellectuelles, aider les causes qui nous sembleront proches des nôtres, et préférer une petite action pérenne à l'attente d'un grand soir qui, s'il vient jamais, peut encore favoriser des structures dictatoriales.

             Petit à petit donc, progressivement, en écoutant chacun et en respectant, même, nos adversaires. Nous serons là parce que nous serons justes, et que nos produits seront excellents, parce que nos idées seront inventives et respectueuses de l'individu; pas parce que nous aurons, en un instant t, cumulé plus de la moitié des voix. La politique n'est pas tout ! Plutôt que de décevoir des militants qui réaliseront que, comme dans de nombreuses structures politiques, ils n'ont pas vraiment de pouvoir, nous voulons qu'un confortiste puisse être utile à la cause à tout moment, par son travail et par ses idées. Nous voulons qu'en-dehors des échéances électorales et des opportunités qu'elles offrent, nos militants ne soient pas seulement là pour tenir des banderoles. Nous voulons que le laboratoire politique confortiste fonctionne depuis son premier souffle, et se perpétue ! Que chaque individu qui le compose puisse y laisser sa marque, ainsi que le proclame notre slogan : "Par la preuve". Il s'agit donc pour celui qui veut enrichir ou modifier un élément de notre système, de faire la preuve de la justesse de sa vision, par l'argumentation et, s'il y a consensus, par l'expérimentation. Nous avons déjà réfléchi à de nombreuses pistes d'activités commerciales et politiques. Pourtant, cela ne pèsera, j'en suis sûr, pas très lourd face au potentiel inventif collectif futur. Vous n'avez pas besoin d'un chef ou d'une administration qui vous dise quoi faire - ce sont les autocrates qui sont ainsi ! Vous avez besoin d'une hiérarchie éclairée et attentive, éclairée tant par ses propres idées que par les vôtres, une organisation méritoire qui permette à ceux qui en ont  les capacités, non de diriger mais d'orienter les autres, et de rejeter ceux qui ne respecteraient pas nos valeurs. Concrètement, nous capitaliserons les pistes commerciales et politiques, pour vous les redistribuer - c'est-à-dire que vous pourrez vous orienter entre différents métiers, et exprimer et apprendre la matière démocratique. L'Anarchisme est tentant, avec son organisation horizontale; Cependant, je propose que nous lui préférions un hybride, qui reconnaisse tant les mérites du travailleur que celui de l'entrepreneur, tant le travail du militant que celui du cadre.

    Pourquoi ? Parce que nous avons besoin de référents et de personnes qui assument leur rôle, c'est-à-dire que nous ne pouvons nous connaître tous, et que le partage des tâches doit être bien effectué, lié par l'exercice démocratique permettant à chacun de proposer ses idées. Le réel se chargera de séparer le bon grain de l'ivraie, et les possibilités des illusions. Le profit (qui permet la redistribution) et la popularité démocratique seront nos seuls maîtres - nous devrons être rentables tout autant que philanthropes, afin de survivre, afin d'être élus !


    Nicolas Chelay.


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  •  Extrait du manuel "Introduction au Confortisme", par Nicolas Chelay.

    La Charte

    III. LA CHARTE

     

    I. La compétence, le potentiel et l’assiduité des travailleurs sont les seuls critères de recrutement, et d’avancement au sein d’une entreprise confortiste. A travail égal, salaire égal, sous l’égide d’une même représentation. Toute forme de discrimination est passible de bannissement.


    II. Toute personne ou toute structure ayant été bannie du Confortisme, se voit retirer le droit d’utiliser ce nom – hormis le droit de formuler des critiques à son encontre. Le Siège Central du Confortisme se réserve le droit de juger, de bannir et de réintégrer des membres en fonction des preuves, des témoignages et de tout élément, récent ou non, découvert ou présenté.


    III. Tous les membres d’une structure incriminée sont jugés séparément. Si un seul membre banni par le Confortisme subsiste dans l’entreprise, passé ce jugement, l’entreprise n’est plus considérée comme confortiste. Les recours auprès du Siège Central, afin de modifier ce jugement, sont toujours accordés en cas de présentation de nouveaux éléments – mais durant ce processus, l’entreprise ne peut se déclarer confortiste.


    IV. La qualité a un coût, mais elle n’a pas de prix. La satisfaction des clients est vitale. Les travaux de recherche et de développement sont encouragés, et peuvent être financés par le mutualisme confortiste.


    V. Le Confortisme doit toujours utiliser le procédé, et les matériaux les moins polluants. La recherche de la qualité d’un produit se double donc d’une conscience aigue de l’impact de sa production, de son transport, de sa vente et de son utilisation sur l’environnement. Toute utilisation consciente de matériaux ou de procédés néfastes pour la santé des clients, des travailleurs, ou d’une tierce personne, est passible de bannissement.


    VI. A mauvaise paye, mauvais travail ! Les salaires et conditions de travail de chacun sont déterminés par le processus démocratique confortiste, dans le respect de la législation existante. Outrepasser ce processus est synonyme de bannissement.


    VII. La créativité des travailleurs est une composante essentielle de l’idéologie confortiste. Au sein du processus décisionnel, tout travailleur peut s’exprimer, afin d’améliorer l’activité de l’entreprise. Chaque remarque prononcée doit être enregistrée, et consignée. Le mutualisme confortiste favorise également la création de nouvelles structures.


    VIII. Le Confortisme n’est pas une organisation syndicale. La syndicalisation des travailleurs est encouragée. Le point de vue syndical est pris en compte, au même titre que celui émanant d’une personne non-syndiquée, ou s’exprimant en tant qu’individu.


    Nicolas Chelay.


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  •  Extrait du manuel "Introduction au Confortisme", par Nicolas Chelay.

    L'action

    II. L’ACTION

     

           Le Confortisme, c'est d'abord la démocratie. Pour changer ou pour protéger le monde, il faut  connaître son Histoire. Quelle est-elle ? Depuis toujours, l'esclavage et le travail forcé ont cours. Hier, il était ethnique ou racial, social, généralisé dans le monde, nourri par les premiers prisonniers de guerre au commencement, déportant des populations entières à son apogée. Puis, il a été régionalisé, se pratiquant à domicile à travers toute l'Histoire de la colonisation.

    Aujourd'hui, il est étatisé comme en Chine et en Birmanie, traditionnel comme en Mauritanie, imposé dans la société occidentale aux immigrés et aux minorités. Aux Etats-Unis, une personne qui cumule trois emplois peut avoir du mal à s'en sortir, et il faut voir les travaux qui l'attendent !

             On ne vit pas pareillement, à Rome, en tant que maître ou en tant que serviteur. La moitié de la population n'a pu s'exprimer qu'au début du 20e siècle, et n'a pu disposer pleinement de son corps il n'y a pas même cinquante ans; les femmes continuent encore à être discriminées en termes de salaire, de responsabilités et d'embauche. Nous devons lutter contre le travail des enfants, les réseaux de prostitution et les passeurs cupides, lorsqu'ils ne sont pas mortels. Les guerres déchirent le monde, la démocratie s'impose peu à peu mais se corrompt vite, et le droit de véto à l'ONU interdit de porter secours à certains Etats. Voilà le point sur nos sociétés actuelles, sur leur Histoire, sur les ignominies qui ont été perpétrées, entre deux génocides, entre deux empires. Depuis l'effondrement de l'Union Soviétique et de ses goulags, deux décennies seulement se sont écoulées, émaillées de terrorisme et de retour au fondamentalisme religieux. L'économie de marché triomphe, soutenue par l'économie asiatique. L'Europe s'est instituée, ainsi que toutes ses règlementations ; parmi lesquelles, la coupe drastique et récente dans le programme alimentaire aux démunis. Des centaines de milliards sont en question lors de crises économiques, et on parle de croissance tandis que quelques-uns de ces milliards suffiraient pour soutenir ces fameux démunis, et leur permettre de retrouver une situation. Dans le monde, un vent de contestation souffle, faible mais général. Nous voulons y contribuer, et s'il faut une étiquette, celle d' "altermondialiste" nous convient. Nous voulons un autre monde. Nous voulons échapper à la malédiction de Malthus, prédisant une famine terrible dans les siècles à venir, du fait de la raréfaction des ressources, et nous voulons l'obtenir par une bonne organisation, basée sur l'enrichissement financier et démocratique.

     

             Comment y arriver ?

     

             Il existe deux moyens, que nous devons emprunter :

     

             Le premier consiste à travailler, à créer des entreprises et des structures qui permettront à nos idées d'être appliquées. Pour cela, un accord sur l'organisation et la mise en place des valeurs confortistes est à imposer dans toutes ces structures (voir le chapitre suivant, "La Charte"), sous la surveillance d'un Siège qui délivrera, ou non, le cachet "Confortiste". Nous verrons plus tard que ces formes d'autogestion et d'entreprenariat peuvent trouver leur place dans de nombreuses activités, que j'ai pu repérer personnellement, et que vous soumettrez à votre tour. La mutualisation des moyens et l'entraide peuvent nous permettre d'être réactifs et solides. Plus tard, l'utilisation de la robotisation et de l'automatisation peuvent laisser espérer un revenu commun également partagé entre les confortistes. C'est la voie du bon commerce.

             Deuxièmement, les confortistes peuvent faire valoir leurs droits et défendre leurs idées par l'exercice politique. En cela, le Confortisme doit être une école, pour ses travailleurs, de Droit et de rhétorique. Il doit faciliter l'expression démocratique par le biais de tribunes ouvertes, dans toutes ses structures, face à l'opinion et aux pouvoirs publics. C'est la voie de la bonne politique.

     

             Définissons un socle commun, résumé dans la Charte élaborée par les membres fondateurs :

     

             1 / Des salaires profitables pour tous les travailleurs

             2 / Pas de discriminations

             3 / Une expression démocratique et syndicale encouragée

             4 / Une production responsable sur le plan environnemental

             5 / La mutualisation de la production et du financement

     

             Voilà le plan que nous vous soumettons. A vous, maintenant !


      Nicolas Chelay.



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